(Le Soleil-MC) - À Québec et dans tout l'est de la province, la fièvre du hockey monte d’un cran! C'est en effet ce soir que débutent les séries éliminatoires dans le hockey junior québécois. Et le classement a bien fait les choses. Avec les duels Québec–Chicoutimi et Rimouski–Baie-Comeau en lever de rideau, la table est mise pour alimenter de bonnes rivalités.
Un nouveau chapitre de la plus vivante des rivalités sportives québécoises s’écrit ce soir. Les Remparts de Québec et les Saguenéens de Chicoutimi amorcent une bataille éliminatoire au meilleur de sept parties, une série de hockey junior qui durera entre 6 et 12 jours, mais dont on pourrait reparler pendant beaucoup plus longtemps.
Joueurs, entraîneurs et spectateurs s’investissent à fond pour faire de chaque affrontement entre Remparts et Saguenéens un événement en soi. Une telle intensité incite souvent aux excès, sur la glace comme à l’extérieur. On ne compte plus les empoignades, physiques ou verbales, survenues à l’occasion d’affrontements entre les deux rivaux.
«Dans mes 18 ans comme entraîneur, je n’ai jamais rien vu qui arrive à la cheville de ça», admet Richard Martel, l’énergique pilote des Bleuets depuis cinq ans. Un des trois entraîneurs-chefs ayant compilé plus de 500 victoires en saison régulière dans l’histoire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), Martel a, entre autres, passé trois campagnes à Val-d’Or et cinq à Baie-Comeau. Autant en Abitibi, où les Foreurs entretiennent une forte rivalité avec les Huskies de Rouyn-
Noranda, que sur la Côte-Nord, où le Drakkar livre toujours de féroces combats aux Remparts et à l’Océanic de Rimouski, Martel atteste n’avoir «rien vu qui égale ça».
Couleurs prémonitoires
Son vis-à-vis à l’autre bout de la route 175, un certain Patrick Roy, évoque pour sa part deux rivalités auxquelles il a pris part comme joueur dans la Ligue nationale (LNH) : Canadien de Montréal-Nordiques de Québec et Avalanche du Colorado-Red Wings de Detroit. L’ancien gardien de but vedette avoue avoir préféré la seconde, qui se limitait à la patinoire, selon lui. Le conflit Canadien-Nordiques laissait quant à lui place à certains débordements externes, ce que déplore Roy aujourd’hui à propos de l’opposition Sags-Remparts. Coïncidence? Les deux antagonistes arborent cette fois encore le bleu et le rouge, la couleur du ciel pour la plus petite ville, celle de l’enfer pour la grande.
Dans la ligne senior
Si la proximité géographique joue pour beaucoup — 205 km séparent les deux arénas —, on peut retracer des matchs de haut niveau entre Québec et Chicoutimi dès 1950, alors que les As et les Saguenéens se côtoyaient dans la défunte Ligue senior du Québec. La rivalité devait d’ailleurs être animée, alors que les deux clubs se sont livré une série éliminatoire au meilleur de neuf parties (!) trois années de suite, de 1952 à 1954.
Martel explique l’importance de la rivalité par l’intérêt populaire qu’elle suscite depuis l’entrée des Sags dans la LHJMQ, en 1973. «C’est toujours les matchs qui ont attiré les plus grosses foules (à Chicoutimi). Et ce qui attire les foules attire les médias», expose-t-il, affirmant que chaque geste est alors grossi à la loupe.
Quant à Roy, il attribue l’amplitude de la rivalité à la fréquence des affrontements — déjà 10 fois cette saison, avant la série —, mais surtout à… Martel lui-
même. «Il a déjà dit qu’il aimait mieux battre les Remparts que gagner la coupe Memorial (championnat canadien du hockey junior). Je ne crois pas qu’il le pensait vraiment, mais il l’a dit!» lance le copropriétaire, directeur général et entraîneur des Remparts, vainqueurs du fameux trophée en 2006.
La faute de l’autre
«En fait, la rivalité est plus forte à Chicoutimi qu’à Québec, constate Roy. Les gens de Québec vivent bien ça, c’est ceux de Chicoutimi qui exagèrent un peu.» Il en tient pour preuve les attroupements réguliers autour de l’autocar des siens dans le stationnement du Centre Georges-Vézina, «pour baver les joueurs». «Dommage, car ça enlève un certain cachet à cette rivalité», ajoute le célèbre numéro 33, confiant qu’il aimerait bien cultiver une concurrence similaire avec les équipes de Shawinigan, Drummondville et Victoriaville, agressivité des amateurs en moins.
De l’autre côté du parc des Laurentides, Martel soutient que cette rivalité n’a rien d’un sens unique. «On met 4700 (personnes) dans l’aréna pour nos matchs ici, mais eux, ils en mettent 15 000 dans le Colisée!» Pour ce qui est de son penchant pour la controverse, l’entraîneur des Saguenéens s’en défend bien, mais… «Aime, aime pas, je suis toujours pogné dans les tourmentes des rivalités. Il faut que je m’y fasse.»
Ruée aux guichets
L’intérêt des amateurs pour les affrontements entre les Remparts et les Saguenéens ne se dément pas. Les 2600 derniers billets disponibles pour les rencontres de ce soir et de demain, à Saguenay, se sont envolés en moins de 45 minutes, hier matin. Et les supporteurs de Québec ne sont pas en reste : 12 000 des 15 000 sièges du Colisée sont déjà occupés en vue du match de mardi, le troisième de la série, contre 11 000 pour celui de mercredi.
Le Centre Georges-Vézina, vénérable aréna sexagénaire du secteur Chicoutimi, abrite officiellement 4724 spectateurs pour une partie de hockey junior. Les 3759 plus chanceux profitent d’une place assise. Hier, à 8h, les 1300 droits d’entrer restant pour chacune des deux premières rencontres étaient mis en vente. Les lève-tard devront se rabattre sur le petit écran (TQS-Saguenay).
Le fan-club des Remparts transportera 79 personnes ce soir et 56 demain en autocar sur les 205 km qui séparent le Colisée du Centre Georges-Vézina. Un succès, au dire de la responsable Karine Beaupré, compte tenu du temps restreint de promotion. Elle confirme d’ailleurs que les voyages organisés les plus populaires sont toujours ceux à destination de Saguenay. Plusieurs autres partisans des Diables rouges s’y rendent de plus par leurs propres moyens.
Après deux jours de congé, les hostilités reprendront mardi et mercredi, dans la capitale. Même si le grand amphithéâtre de Limoilou compte 15 189 places, toutes assises, à peine 3000 sont encore disponibles pour le premier duel ici et 4000 pour le deuxième. Si la série va au-delà, les deux équipes se retrouveront le vendredi 28, à Saguenay, puis le lundi 31, à Québec, avant de conclure au Royaume, le mardi 1er avril, si nécessaire.
Publié par : Marcel Charland
à 06:03:48
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